La médecine du travail démédicalisée ?

vatant.jpg Daniel VATANT, consultant, Ex-Directeur d’Habitat-Formation

La médecine du travail démédicalisée ?

Si la lecture de la loi « Travail » peut être à certains égard épuisante, son contenu est quant à lui inépuisable. Son article 102 traite de la « modernisation de la médecine du travail », et a fait l’objet d’un décret d’application publié au JO du 27.12.2016. Il a été contesté par divers acteurs, mais sans être mis pour autant aussi fortement en lumière que d’autres dispositions de la loi. Il s’agit pourtant d’un bouleversement qui n’est pas du tout anecdotique. En effet, jusqu’alors, tout nouvel embauché devait effectuer une visite médicale auprès d’un médecin du travail dans le but de déterminer s’il était bien apte à réaliser les activités correspondant à son emploi. Mais depuis le 1er janvier 2017, cette visite est remplacée par une « visite d’information et de prévention » qui doit être réalisée dans les trois mois à compter de la prise effective du poste. Cette visite dite modernisée ne sera pas obligatoirement réalisée par un médecin du travail mais pourra l’être par un « professionnel de santé », par exemple un infirmier ou une infirmière. Elle ne débouche plus sur un certificat d’aptitude mais sur une « attestation de suivi ». Et si rien de particulier n’a été décelé à l’occasion de cette visite, elle devra être renouvelée selon une périodicité fixée au maximum à cinq ans. Au total, il est devenu légalement possible qu’un salarié ne rencontre jamais un médecin du travail. Remise en cause larvée de son rôle ? Manière de gérer la pénurie de tels médecins dont le nombre a chuté de 22 % entre 2010 et 2014 ?